DECIL Démocratie et Citoyenneté Locales
Article paru dans Le Journal de Décil - n°18 - mai / juin 2004 - ISSN 1763-1661

« Dans notre civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser m’enrichit »

samedi 1er mai 2004 par Titi Rondelle

 [1]

En plus d’une actualité internationale très chargée [2] - depuis la tristement célèbre date du 11 septembre 2001 - sur le plan national, il y a eu, en vrac, la loi contre le port de signes ostensibles, des reportages tels celui de France 2 (Emission « Envoyé spécial ») titré « Trappes à l’heure de la prière », un célèbre éditorialiste, Claude Imbert, qui déclare publiquement être islamophobe tout en occupant un siège au Haut conseil de l’intégration, les expulsions d’imams... La liste est loin d’être exhaustive !

Les médias nationaux, même ceux de gauche, font leurs choux gras de toutes ces questions qui concernent de près ou de loin l’islam. S’agit-il d’islamophobie ? On est tenté de le croire mais l’islam ce n’est pas seulement les Arabes... Pourquoi ne fait-on pas de reportages sur les Africains, les Pakistanais, les Turcs, etc. dont beaucoup se réclament de l’islam ? Or les principaux visés par cette campagne « anti-islam » sont les Arabes. On ne voit qu’eux dans les reportages.

On est passé de la racaille en jean-baskets fumant un pétard dans le hall de l’immeuble au jeune enrôlé par « le côté obscur de la force » passant son temps dans les mosquées, le temps de fomenter un attentat contre cet Occident honni - qui lui a tout donné - avant d’aller se faire exploser. Sa sœur, prosélyte active par le port de son voile, attendant que le couperet tombe et qu’on lui annonce qui est l’heureux élu [3].

C’est l’Arabe, le musulman, ou les deux - pour les cumulards - qui perturbent, « agressent » ? On s’y perd un peu. Claire Chazal, n’a-t-elle pas parlé d’un homme d’ « origine musulmane » ? Une polémique est née de l’annonce de Nicolas Sarkozy en décembre 2003, de nommer un « préfet musulman ». De là, Fillon et Sarkozy, défendent chacun leur vision de la manière d’« intégrer » les populations étrangères à la société française. On assiste à un glissement sémantique : discrimination positive, assimilation... Même si, à mon sens le mot « intégration », n’est depuis les années Mitterrand qu’un voile pudique jeté sur le mot « assimilation ».

L’homme qui dit de « l’assimilation », terme longtemps tabou, qu’[il] doit prévaloir » est ministre de l’Education nationale. Cela n’inquiète personne ? « Nous faisons le choix, a-t-il dit, de l’intégration, voire de l’assimilation (...) nous voulons rompre avec une approche née dans les années 80, qui fit la part belle au « différentialisme » qui est l’antichambre du communautarisme [4] ».

En début d’année scolaire a été évoquée l’idée d’instaurer de nouveau l’uniforme, de ne plus faire de classes mixtes à certains niveaux. Et maintenant... on envisage l’uniforme intellectuel ? Notre ministre est-il de ceux qui voient l’enfant comme une page vierge ? Que va-t-il dire à ce jeune qui vit dans une cité, qui pense ne pas trouver de travail, qui entend parler de ses croyances [5], en termes dégradants souvent, sans critiques constructives, qui ne voit pas quel peut être son avenir dans une société où il faut avoir pour être ?

On lui dit d’aller voter car en tant que Français, il a le pouvoir de changer les choses, de choisir ses dirigeants. Comment lui expliquer que certains qui proviennent du même, ou approchant, terreau socioculturel sont « parqués » dans des positions où ils sont inéligibles. Ainsi, Mouloud Aounit, président du MRAP, a décroché un siège de conseiller régional en Seine-Saint-Denis, avec un bon score lui faisant espérer un poste de vice-président aux côtés du président de région Jean-Paul Huchon. Or, ce dernier le lui a finalement refusé... ? Qui peut encore croire à la discrimination positive [6] ? Quel notable de son pays d’origine va-t-on aller chercher ou combien de sacs de riz seront distribués dans sa « communauté » pour lui faire comprendre que pour réparer l’ascenseur social, il faut qu’il y mette du sien et qu’il accepte de passer dans un sas de décontamination, avant de d’enfiler la combinaison du parfait Français ?

Titi Rondelle

[1] le titre est une citation d’Antoine de Saint Exupéry

[2] Quand on regarde le journal télévisé, quelque soit la chaîne, il y a au minimum deux sujets qui vont parler de l’Islam et des musulmans (ou de l’Islamisme et des terroristes).

[3] Vision caricaturale à l’échelle d’un paragraphe de ce que nous serinent les médias...

[4] http://www.liberation.fr/page.php?A...

[5] Ce dernier point concerne le jeune musulman mais les problèmes évoqués ici concernent de manière aussi virulentes tous les autres... La cité ne se limite pas aux arabes musulmans...

[6] Si tant est que ce soit une solution...


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